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Activités du Village au 20ème siècle
Vie sociale - Divertissement (p131)
En ce début de siècle, les loisirs au village étaient bien modestes en dehors des pratiques religieuses qui mobilisaient la quasi-totalité de la population, les jours de fête et le Dimanche, pour les deux cultes mais plus particulièrement, chez les Catholiques avec les pratiques d'office, messe du matin, grand messe, vêpres, processions afférentes aux fêtes de l'Eglise.
Il ne restait plus beaucoup de temps disponible pour la détente. Les hommes en grand nombre à la sortie des Offices se dirigeaient au Café Paul Tichet pour jouer aux cartes, à cette occasion ils buvaient : une suze, un quinquina, très peu d'absinthe. L'après-midi on jouait aux boules cloutées, au jeu de quilles.
Par la suite quelques kermesses paroissiales, avec la venue de conteurs d'histoires ou chanteurs amateurs qui se produisaient sur une scène, apportaient un peu d'agrément à cette routine dominicale.
Il y avait la "Baoüte", Fête Votive que l'on attendait avec impatience d'une année à l'autre, les musiciens avec leurs instruments d'époque pipeau, flageolet, hautbois, accordéon" animaient la place publique et faisaient danser très sagement filles et garçons, sous le regard très vigilant de papa et maman, assis sur une chaise, surveillant leur progéniture féminine. Dès que le premier coup de minuit sonnait à l'horloge, un regard, un geste, donnaient l'ordre immédiat de rentrer à la maison. La bataille de confettis procurait une petite occasion de se rapprocher ou de s'éclipser quelques minutes, pour un petit "fleurt" seulement.
Il régnait cependant une ambiance presque fratemelle entre gens du même hameau et en particulier entre voisins, on se rendait service, on se portait secours mutuellement.
Tout était bon pour se réjouir, bien sûr il n'y avait pas de radio, au début du siècle pas encore l'électricité, on s'éclairait au "Lun a queto" (lampe à huile), à la lampe à pétrole, ou à la bougie. Mais les géantes cheminées permettaient l'éclairage, nécessaire au petit groupe installé en arc de cercle devant son foyer, pour passer de bonnes soirées d'hiver. Les femmes cousaient, tricotaient, crochetaient, les hommes réparaient quelques outils, bricolaient. Les grands-parents racontaient des histoires ou prodiguaient leurs conseils aux plus jeunes.
On saisissait toutes les opportunités. Pendant la longue saison des châtaignes (Octobre à Janvier), on faisait la "brasucade", on dégustait tantôt le vin nouveau ou la "piquette" (vin de pressoir), tantôt chez les uns tantôt chez les autres. Il en était de même pour les crêpes ou les "Bougnettes". Quelle est la famille qui ne "faisait" pas son cochon ? A nouveau on se réunissait, entre voisins, pour "coussir" la saucisse, ou farcir le saucisson. .On mangeait ensemble la "Roustide" et le boudin.
L'étéétait une autre façon de fréquenter. Les gens "prenaient le frais" devant leur porte sur des bancs en pierre, en bois, les voisins apportaient leurs chaises ou leurs petits bancs, sur la place publique du quartier et bavardaient de tout et de rien jusqu'à 10 ou 11heures du soir, car le lever s'effectuait très tôt le matin.
Il arrivait quelques fois que les jeunes adolescents troublent le sommeil des habitants, en pratiquant "le martelet". Cailloux attachés à une longue ficelle que l'on suspendait aux poignées de portes d'entrée et que l'on actionnait à l'autre extrémité, à bonne distance, afin de ne pas recevoir une casserole d'eau ou bien souvent le contenu du vase de nuit. Tout cela pour se divertir le plus convenablement possible...
Le vol des fruits, même minime, était puni d'amende (Garde-Fruits, Garde-Champêtre). Donc la nuit était propice à l'arrogance et allègrement la jeunesse allait "frotter un pénéquier" se faire un cerisier. Il y en avait partout à ce moment là, de même pour les pêchers, poiriers et autres fruitiers. Tout cela sans aucun profit, histoire de plaisanter simplement.
Il y avait aussi "le charivari" qui se pratiquait lorsqu'un veuf ou une veuve se remariait. La coutume était qu'ils devaient donner quelques pièces de monnaie à la jeunesse de leur quartier, pour qu'ils puissent eux aussi festoyer à leur façon. Si les futurs époux refusaient de donner ces pièces, alors était décrété "le charivari", on confectionnait deux mannequins bourrés de paille très ressemblant aux personnes. Le jour du mariage, on brûlait ces paillasses, on confectionnait à l'aide de corde et de ficelle une longue traîne ou étaient attachés vieilles casseroles, couvercles, roues de bicyclettes, etc, que la jeunesse tirait en zigzaguant devant les futurs époux se rendant à la Mairie. Les refus étaient pratiquement rares, car cela faisait un tel bruit et une telle poussière sur les routes encore non goudronnées, que le choix entre le refus ou le don de la monnaie était vite fait.
La jeunesse de 20 ans avait aussi quelques pratiques de passe-temps. Il arrivait qu'elle fasse quelques farces aux charretiers, aux transporteurs qui n'appréciaient jas toujours. La nuit avancée, ils déplaçaient à plusieurs dizaines de mètres, quelques fois 200 mètres, les charrettes ou les tombereaux que leurs propriétaires avaient laissés devant leur maison. Ces hommes se levaient très tôt le matin, encore à la nuit et l'on comprend leur colère, à la désagréable surprise de ne plus voir leurs véhicules hippomobiles à l'endroit laissé la veille et ne sachant nullement où ils avaient été entreposés. Contraints d'attendre le lever du jour pour les récupérer.
Après la guerre de 14/18, on voit un nombre important de demandes de soutien de famille affluer au Secrétariat de la Mairie. Beaucoup de familles sont en difficulté.
On va instaurer des taxes diverses, notamment sur les jeux qui amèneront
dans les caisses 6 000 francs.
- Une taxe sur les colporteurs de 50 centimes, si le colportage est pratiqué
à dos d'homme, 1 franc s'il est pratiqué en voiture.
- Un droit de place dans les rues et places publiques pour chaque mètre
carré occupé. Etalage, Baraques, Charrettes (pas encore d'automobiles)
payent 50 centimes par mètre carré et par jour. Ce droit de place
et de stationnement est géré par le garde champêtre qui
en assure l'encaissement.
En 1920 on vend les fours communaux dont on ne se sert plus depuis quelques années. Celui de Cazilhac-le-Haut est enlevé par adjudication à Monsieur Blondiaux pour la somme de 500 francs. Celui de Cazilhac-le-Bas, à Monsieur Henri SERRE, de la CADIERE pour 1 600 francs (en 1932). Le 21 Octobre 1921, on dénombre 125 déclarations de vin. Le Préfet attribue au secrétariat de la mairie un bureau de régie. Les voitures automobiles viennent depuis peu de faire leur apparition, elles sont taxées de 15 francs. Les cars, motocyclenes et vélos 5 francs.
Ce 12 Août 1926, le Conseil vote la somme de 4 500 francs pour l'achat d'un corbillard à traction animale, Monsieur BASCOU carrossier à Nîmes en est le foumisseur. Pourquoi cet achat...? Jusqu'à cette date, le transport du cercueil se faisait avec un brancard transporté à dos d'homme, et, vu la dispersion de la commune et le lieu excentré du cimetière, ce transport était pénible. Mais la principale raison en a été.., que le brancard était devenu hors d'usage. L'année suivante, Marius RAUZIER, construit le hangar pour loger ce véhicule ; le montant des travaux s'élève à 3 479 francs.
Le 17 Juillet 1933, l'Administrateur des P.T.T, souhaite l'installation d'un local pour le téléphone public et précise "bien convenable". La rémunération du gérant sera faite par la Mairie. Par mesure d'économie, le Conseil décide que le gérant devra accepter cette installation à son domicile. Il devra distribuer les messages dans les hameaux ainsi que les appels. Son traitement pour ses services de gérance et de distribution sera de 1 050 francs l'an pour la première estimation.
Suite à la prime donnée aux oléiculteurs on constate beaucoup de "tricheries" aux déclarations. La Mairie établit une sévère vérification aux déclarants.
En 1937, la journée du travail de 8 heures est établie, il est constitué une commission communale pour vérifier les abus, 48 heures par semaine obligatoire.
Un arrêté municipal stipule que les salariés occasionnels employés sur la commune pour la joumée de 8 heures de travail percevront 22 francs + 1 franc par enfant à charge. Les chômeurs occupés par la Mairie 19 francs + 1 franc par enfant à charge. Elle fixe le prix du transport par charrettes ou tombereaux, toujours pour 8 heures, à 55 francs l'attelage à un collier.
Comparons ces prix avec le traitement des employés municipaux :
-Secrétaire de Mahie 1 000 francs par mois
-Garde champêtre 700 francs par mois
-Gérant du téléphone 182 francs par mois
Le budget à cette date est de 57 350 francs. (A titre comparatif, la 5 CV d'André CITROËN se vend à 10 000 francs). Toujours la même année, on remet à neuf le clocher de l'Eglise devenu menaçant.
Deuxième Guerre Mondiale (p137)
Samedi 2 Septembre 1939 est décrétée la mobilisation générale. Cazilhac voit partir ses enfants à la guerre. Certains ne reviendront pas au pays, d'autres reviendront après la libération et auront passé six années comme prisonnier de guerre, dans les camps au travail forcé.
En 1940 est crée le "Chantier de Jeunesse" service obligatoire pour les jeunes appelés. Notre village accueille ses compatriotes alsaciens et lorrains, une compagnie de soldats belges sur la place publique, et un grand nombre de citadins venus chercher un certain refuge en campagne.
1941 : Mise en place des cartes alimentaires, il va être créé à cette occasion un emploi supplémentaire à la Mairie, pour la distribution de ces cartes. Est nommé à cet emploi Madame CATTU, elle percevra un traitement annuel de 1 800 Francs et, deux ans plus tard, par un accroissement de travail 6 200 Francs.
Le Conseil décide, afin d'assurer un bon ravitaillement en viande et d'en contrôler le débit, de n'autoriser qu'André CAZALET à fournir en exclusivité la commune. La base de notre alimentation était le gruau, les lentilles sauvages appelées "vesces", le rutabaga, le topinambour, tout ce que ne voulait pas l'occupant. L'orge grillée, dans chaque quartier, toutes les semaines, après infiltration, devenait une boisson chaude qui prenait non pas le goût mais uniquement la couleur du café.

Une réduction de l'éclairage public est imposée par la préfecture. Vingt-deux lampes sont autorisées pour tout le village avec extinction obligatoire à 22 heures. Le camouflage des lampes extérieures privées, les vitres des ateliers ou usines devront être teintées en bleu impérativement.
En 1942, l'occupant décrète l'institution de la relève, c'est-à-dire : pour trois ouvriers français partant volontairement travailler en Allemagne, un prisonnier français retournera dans son foyer. Un ou deux exemples à Cazilhac. C'est l'expatriation des jeunes S.T.O. Service Travail Obligatoire en Allemagne dont deux ne reviendront pas : Emile FOULQUIER, Jacques FAVEL mort au camp de Kommando Zwieberge de Buchenwald.
Quelques jeunes, pour échapper au S.T.O., rejoignent le maquis, d'autres moins jeunes aussi. Ils sont appelés terroristes par l'occupant et les collaborateurs français. C'est seulement en 1943 qu'est formé le maquis Aigoual-Cévennes.
Le 30 janvier de cette même année est crée, par LAVAL, la milice qui recrute ses hommes parmi les pires éléments de la population. Ses exactions et ses crimes sont nombreux. Il serait faux de dire que Cazilhac a connu les atrocités barbares de ces hommes "habillés en noir". Mais chacun savait que d'être arrêté par ces monstres était terrifiant. Tout de même, une grande suspicion régnait dans la population... divisant le village par des opinions divergeantes. Cela se passait il y a tout juste cinquante ans.
Le 19 Juillet 1944, un détachement allemand situé sur la route du Vigan mitraille sur la route de l'Aqueduc (Route de St-Laurent) une camionnette ramenant des ouvriers de leur travail. Un des ouvriers, Henri AGRANIER est assassiné lors de cette fusillade.
L'occupant avait créé la pénurie des denrées alimentaires et celles de première nécessité. Celles-ci furent rationnées à l'aide de cartes délivrées par la Mairie ; elles donnaient droit à divers tickets, pour obtenir du pain, de la viande et des matières grasses (huile et beurre).
Un exemple de ces catégories de cartes :
| E. | Nourrisson jusqu'à 3 ans. |
| J. l | Jeunes de 3 à 6 ans. |
| J.2 | Jeunes de 6 à 13 ans. |
| J.3 | Jeunes de 13 à 18 ans |
| A | Adulte. |
| T | Travailleur pénible. |
| T1 | Travailleur extra pénible. |
| V | Vieillard. |
Les tickets donnaient droit à un quart de lait par jour aux E, Jl, J2 : 125 grammes de chocolats et 250 grammes de riz par mois. Toutes les catégories sauf les E avaient droit à 250 à 300 grammes de pain par jour (seigle ou maïs bien souvent) ; 150 grammes de beurre ou 100 grammes d'huile et un demi-kilo de sucre par mois. Les gros fumeurs étaient affligés, ils devaient se contenter de 80 cigarettes ou l'équivalent de deux paquets de tabacs par mois ; les femmes : demi-ration. Les fruits étaient réservés en priorité aux Jl, J2 et J3. Fort heureusement, le village étant producteur de légumes frais, nous n'avons pas connu ce rationnement. Mais la distribution en restait réglementée, seule une distribution contingentée de pommes de terre avait lieu selon l'apport, deux ou trois fois par mois.
Les détaillants(commerçants) récupéraient les tickets des consommateurs qu'ils devaient coller sur des fiches, les remettaient ensuite à leurs grossistes qui, en échange équivalent (5 à 10%), leur délivraient les denrées ou marchandises. La Mairie délivre également des bons d'achat, mais avec parcimonie et rarement distribués à bon escient... Avec ces bons, on pouvait se procurer des chaussures, des vêtements, des pneus de vélos, de l'essence mais uniquement pour les véhicules de premier secours.

Pratiquement tous les véhicules automobiles, voitures, camionnettes étaient équipés de "gazogène". C'était une espèce de marmite géante placée sur le côté ou à l'arrière du véhicule, alimentée par du bois ou du charbon de bois, qui par un système de filtrage fournissait un gaz substitutif à l'essence mais en qualité inférieure. Peu importe, "restriction oblige".


Un marché
très important de vente de cartes et de bons de tickets à prix
illicites se développe rapidement en même temps que l'instauration
de ce rationnement. C'est l'époque du marché noir ou du troc.
Les deux pénalisent les plus démunis. Se procurer des denrées
au marché noir aux prix exorbitants, est impossible, et faire échange
avec quoi ? Quand on ne possède rien, rien n'est possible non plus. Ce
marché noir a été exploité à outrance par
certaines gens, dépourvus de scrupule, qui en ont tiré de grands
profits. Ce marché était proscrit par la loi, ce qui donnait autorisation
légale à la maréchaussée de saisir même les
faibles quantités, un kilo de châtaignes, un kilo de pommes de
terre, farines [acquises soi-disant illégalement (sic)],- mais qui n'étaient
pas perdues pour tout le monde.
Par contre, les condamnations "pleuvent" pour les petits "délinquants" à consommation familiale. C'est ainsi que sont condamnés par le tribunal du Vigan trois habitants de Cazilhac, pour le délit suivant : 50 kilos de pommes de terre pour l'un, un agneau et un cochon achetés sans autorisation, 200 Francs d'amende pour chacun d'eux et confiscation du produit évidemment. Ce même tribunal (compte-rendu du journal "Le petit Méridional" du 27 juin 1942) nous informe sur d'autres condamnations prononcées chez nos voisins. Est condamné un habitant pour l'achat de plusieurs paires de galoches (sans bon d'achat légal) à 500 francs d'amende et à la même somme pour non-déclaration d'élevage de cochon... seul le gibier et la volaille étaient dispensés de déclaration, en petit nombre bien sûr. Ce rationnement forcé, avec son marché parallèle, va s'atténuer progressivement après la libération pour se terminer définitivement en 1946.
Ce 24 Août 1944 - Bataille de Ganges. Longue journée d'angoisse. Notre village en a été le théâtre opérationnel. L'occupant après avoir été arrêté à l'entrée de Ganges, y a séjourné de six heures du matin à seize heures de l'après-midi, d'où il s'est replié.
Nous sommes le mercredi 23 Août... Paris vient. d'être libéré, à cette annonce les cloches de l'église et du temple sonnent à toute volée pour saluer cette bonne nouvelle. Le soir, à Ganges est prévu une grande manifestation de réjouissance. Vers vingt heures trente un petit groupe de trente habitants de Cazilhac-le-Haut, après avoir chanté une vibrante Marseillaise, sur la place de La Marianne se rend à la Mairie où un important cortège se forme ; grossi de quelques dizaines d'habitants de plus et drapeau de la Commune en tête, ils se dirigent sur le chef lieu de canton vivement salués par les Gangeois à leur fenêtre ou dans la rue.
Ce soir là, c'est l'allégresse sur le plan de l'ormeau. On chante, on danse jusqu'à une heure avancée de la nuit.
Le retour du groupe de Cazilhac, un peu épars, s'effectue vers une heure du matin. Tout ce petit monde s'endort avec un apaisement au coeur.... pour peu de temps...
Aux environs de six heures du matin des bruits de véhicules militaires, de sabots de cheval, de chaînes de vélos, de pas de bottes aux talons métalliques qui martèlent le sol, sortent de leurs lits les habitants du centre du village. Et avec quelle stupeur ! Certains pensent qu'ils vivent un cauchemar tellement le contraste de vision est important. Et, le renversement de situation en quelques heures dépasse leur imagination.
Une colonne de trois mille soldats allemands en provenance de Clermont-l'Hérault traverse le village et se dirige sur Nîmes sous les ordres du Général Hitche. Celle-ci est stoppée à l'entrée de Ganges par un tir de fusil mitrailleur, posté à l'autre extrémité du Pont-Neuf. En fait cette colonne ne devait pas passer par Cazilhac, elle devait emprunter la route de St-Bauzille-de-Putois à Ganges. Via Nîmes. Mais ses éclaireurs, une heure auparavant, se sont heurtés au barrage situé au "Pont de Laroque". Après un échange de tirs nourris, ils ont obligé des survivants de ce premier groupe à rebrousser chemin ; pour informer le Général Hitche de ce qui avait été l'objet de leur retour précipité. C'est la raison pour laquelle le changement d'itinéraire Agonès-Cazilhac a conduit cette armée de soldats à traverser notre village.
Les premiers coups de feu entendus par les villageois furent ceux tirés au Pont de Laroque. C'est alors que le village est investi du Pont au Col de la Cire (trois kilomètres d'une armée de soldats, très jeunes pour la plupart). Cette colonne qui vient de stopper son avance fait très vite comprendre aux résidents de la Baraquette qu'elle a déjà essuyé plusieurs attaques. Il y a un grand nombre de soldats blessés, allongés dans les véhicules ou charrettes, bandés de pansement, à divers endroits du corps. Quelques fusées éclairantes ou balles illuminent tout le quartier du Pont et de la plaine. Certains témoins affirment que c'est grâce à l'ingénieuse réponse faite à des officiers allemands par deux riverains, ayant grossi fortement le nombre des Maquisards, à la demande quantitative formulée par ces officiers, qui aurait instauré cette courte trêve.
Le combat reprend au lever du jour. Il y a peu de maquisards dans la ville, quelques dizaines seulement et pas massivement armés. Les éclaireurs, par vagues successives, armés de leur mitraillette, traversent le cours d'eau à gué en se protégeant du tir des résistants, derrières des jantes de voiture, en les poussant au fil de l'eau. Les assauts répétés se heurtent aux divers barrages établis par les maquisards. Beaucoup de soldats allemands sont tués lors de ces opérations. Les autres blessés tentent désespérément de se sauver en regagnant la berge de Cazilhac où est cantonné le reste de l'armée.
Le camp de l'Espérou qui est le P.C. du Commandant Rascalon, responsable du Maquis Aigoual-Cévennes, n'est prévenu que vers neuf heures du matin... Les renforts résistants n'arriveront que vers onze heures du matin... A cet instant, il y a soixante maquisards aidés de civils, qui luttent pour contenir l'ennemi dont certains ont réussi à franchir la rivière. La bataille fait rage. On a installé une arme automatique au-dessus de la route du Vigan qui balaye complètement le Pont-Vieux et une autre, installée par le groupe numéro 2 des F.F.I. au sommet du clocher de l'église, arrose copieusement l'ennemi sur les rives de l'Hérault. Un canon antichar ennemi a pris sous son feu les tireurs situés dans le clocher sans les atteindre.
Cette bataille est encore indécise... jusqu'à la première explosion d'un camion de munitions allemand au Pont-Neuf, côté Cazilhac. A la suite de cette "pétarade infemale", sonnent les prémices de la défaite ennemie. Une seconde explosion, d'un autre camion chargé d'obus et de carburant, retentit dans un bruit de tonnerre assourdissant. C'est alors que l'ennemi recule et se replie sur Cazilhac pour le quitter vers dix-sept heures.
Notre village a vécu une journée d'angoisse sans précédent.
Le campement des allemands sur leurs positions a provoqué quelques contacts grossiers envers la population, la contraignant à lui rendre des services de tout genre: boissons, nourriture, réparations de vélos. D'autre, sous la. menace de leurs armes se font remettre bijoux personnels ou objet de valeur. C'est toute une famille à la plaine qui passe un sale moment. Dans un premier temps elle est malmenée à coup de crosse et menacée d'être fusillée avec des réfugiés Sétois. L'intervention d'une parente enceinte auprès de l'officier responsable du groupe va apitoyer l'excitation de l'allemand qui laissera la vie sauve à cette dizaine de personnes.
Deux hommes de nationalité espagnole : François TARREGA et Miguel PEREZ sont pris en otage et fusillés au Pont Neuf. Une habitante du quartier, entre les deux Ponts, est tuée à sa fenêtre, il s'agit de Jeanne MAILLE.
L'aviation anglaise, en début d'après-midi, survole le village sans intervenir. L'attaque est trop dangereuse. C'est évident. Néanmoins elle exécute des vols de recherche sur la route de Brissac au Col de la Cire. Mais l'ombre des platanes, par manque de visibilité, interdit tout entrée en action des chasseurs. Les habitants de Cazilhac-le-Haut (les anciens) se souviennent encore avec quelle rapidité les soldats se précipitaient hors de leurs véhicules pour se camoufler dans les fossés ou les buissons, aux passages répétés de l'aviation.
Une surprise pour les habitants du quartier de la Pilote : d'être accostés par des femmes parlant correctement le français (certainement des Françaises) leur demandant des ustensiles de cuisine et du feu pour faire à manger aux soldats allemands qu'elles accompagnaient.
Suite aux pluies orageuses du 19-20-21 octobre qui provoquèrent un éboulement d'un mur de soutènement, en ce même lieu, 25 ans plus tard, soit en 1969 a été découvert par les Ponts et Chaussés un stock de munitions de l'armée allemande qui comprenait un obus de 55 et un assez grand nombre de chargeurs de mitrailleuses et de fusils mitrailleurs.
Lors du repli, la colonne commet des actes de pillages, de vandalisme et de grossièreté cynique. Le sort du village est livré entièrement à la décision du Commandant. Que peut-il se passer dans la tête d'un officier supérieur dans le cas suivant ? Il se voit dans l'obligation de faire replier ses fantassins devant une résistance, moins quantitative que la sienne. Il compte ses morts (trente), ses blessés vingt, constate la destruction partielle de son matériel de guerre, et sent l'humiliation infligée. Imaginons un seul instant que cet officier soit pris soudainement d'un désir fou de vengeance. S'il faisait mettre tout le village à feu et à sang en guise de représailles comme à Oradour sur Glane ! Remercions la Providence Divine d'avoir fait épargner Cazilhac.
Les quelques résidents, en zone dangereuse, qui ont pu fuir leurs habitations, au retour s'aperçoivent de vol, d'effraction de leurs mobiliers. D'autres ont la désagréable surprise de trouver.., des excréments sur leur descente de lit, leurs draps ou rideaux souillés intentionnellement à cette occasion. Ces actes répugnants ne font que prouver que l'occupant était totalement dépravé.
Après le cesser le feu et la débâcle ennemie, c'est un spectacle "Dantesque" qui s'offre au village et plus spécialement sur la route qui conduit à Ganges. Les morts ennemis, les blessés gisant dans le fossé, transportés par la suite avec des charretons, des munitions, des objets abandonnés en toute hâte ou pour se délester. Quelques chevaux tués furent rapidement dépecés (malgré le gonflement de leur panse avancé et la présence de centaines de mouches...) et consommés par une population affamée. Restriction oblige.
Il y a trois soldats allemands qui sont morts, dont deux ont été enterrés au cimetière catholique par leurs camarades, le troisième par manque de temps est déposé versant sud de la Châtaigneraie de Jeanjacques, (Parking cimetière protestant). Un habitant du quartier de la Pilote découvre un soldat allemand "planqué" dans son poulailler qui se rend avec joie et soulagement. Quelques jours plus tard, un autre caché dans le parc du Château de Monsieur de RODEZ en fait de même en se rendant aux ouvriers agricoles du domaine.
Par la suite, le Conseil vote une somme de cinq mille francs aux victimes des dégradations et vols commis par les occupants. Une souscription publique est ouverte. Elle est organisée par le Pasteur THOLOZAN et le Chanoine BASCOUL, curé de Cazilhac. Monsieur de RODEZ, Maire du village fait un don de cinq cents francs, équivalent à la recette du prix de vente du lait de ses vaches.
Ces maires adjoints et conseillers municipaux sont destitués de leur fonction. Monsieur de RODEZ quitte son poste de Maire qu'il occupait depuis quarante ans. Durant ces années-là, il avait été élu Conseiller Général et Député de l'Hérault. Il s'adresse à son Conseil en faisant connaître que de nombreuses municipalités vont être remplacées par des délégations spéciales, entre autres, fort probablement, celle de Cazilhac.
"Il est donc possible que cette séance soit la dernière de celles qu'il ait présidée depuis quarante ans et trois mois. En cette occasion, il est heureux d'adresser ses remerciements émus à tous ses collaborateurs d'aujourd'hui et d'hier qui, avec lui, ont toujours agi pour le bien et dans l'intérêt de la commune en regrettant que les difficultés provoquées par la guerre se soient opposées au développement de la vie communale tel qu'il l'aurait souhaité. Ayant tout fait dans ce sens, il a le sentiment que lui et ceux qui l'ont aidé dans la difficile tâche, n'ont rien à se reprocher." Extrait de la délibération du Conseil Municipal en octobre 1944.
Le comité de libération met en place une délégation
spéciale en remplacement de la municipalité : Est nommé
Président, Emile ANGUIVIEL qui démissionne le 20
décembre 1944. Raymond PONCET le remplace et présente sa démission
le 7 février 1945. Ils sont remplacés par Victor CAMBON à
la présidence et Gabriel JOURDAN à la vice-présidence,
à la suite des élections du 18 Mai 1945 Clément CAMBON
est élu Maire.
Cette même année est entreprise la restauration de la voûte de l'église (effondrée le 16 Août 1939). Le montant des travaux s'élève à 630 828 Francs. La Mairie obtient une somme de 20 000 Francs du secours préfectoral. Le curé du village, le Chanoine BASCOUL, fait un don de 150 000 Francs, soit le quart du montant des travaux. Les 460 828 Francs restant à "trouver" sont couverts rapidement au moyen d'une souscription publique.
Hommage aux prisonniers de guerre et déportés. (p155)
Les prisonniers de guerre et déportés expriment le souhait d'organiser la êlte Votive, (la faveur de cette organisation étant réservée aux conscrits avant la guerre). Le Conseil accepte leur désir et le décalage de la date habituelle (premier dimanche de Juillet) au premier dimanche d'Août, pour permettre à tous leurs frères d'armes d'être de retour au pays et fêter ensemble ces retrouvailles. Le Conseil décide à l'unanimité que soit offert un vin d'honneur à cette occasion.
Pendant six ans l'absence de "bras" a laissé l'agriculture en abandon, les usines également. Petit à petit le village reprend son activité laborieuse malgré le maintien des cartes alimentaires et divers bons d'achat. Mais avec la liberté retrouvée, c'est bien plus supportable, et bien plus stimulant.
Hommage à Jacques Favel (p156)
"La famille FAVEL vient habiter au quartier de la plaine
en 1933. Jacques a alors onze ans. Après son C.E.P, il entre au collège
d'Aubenas en Ardèche de 1937 à 1941, puis il est bonnetier à
l'usine Vald'ereau à Ganges et fait partie des Scouts de France.
En 1942, il est appelé aux chantiers de jeunesse de l'Ardoise dans le
Gard, mouvement remplaçant le service militaire car les conditions d'armistice
limitaient le nombre de soldats qui étaient tous des engagés.
Sa démobilisation se fait peu de temps avant la loi du 16 Février
1943 instaurant le S.T.O, qui livrait les jeunes des classes 1940 / 41 / 42
/ 43 à l'ennemi pour les faire travailler en Allemagne. Jacques, pour
échapper au S.T.O., part pour St-Rambert Ile Barbe au Nord de Lyon dans
un collège tenu par des Pères et des Frères dont un est
l'ami d'enfance de son père Jacques.
En échange de sa clandestinité, il se rend très utile dans
ce collège mais, dénoncé en Juin 1944 par un collabo (un
homme acquis à la révolution Nationale de Petain qui prônait
la collaboration avec 1'Allemagne). Le 10 Juin 1944, il est contraint de rejoindre
un camp de travail à Düsseldorf en Septembre 1944. Il se bat avec
un Allemand qui maltraitait un jeune Français, compagnon de travail condamné
par le tribunal de Düsseldorf au camp de concentration.
Il va tout d'abord à Rawensbrück, puis est dirigé sur Buchenwald.
Là il est affecté au Kommando Zwieberge Kommando qui creuse des
galeries dans une colline pour créer une usine souterraine. Il meurt,
à Langenstein qui était le Kommando central des détenus
creusant les galeries, le 28 Mars 1945,
quelques jours après son vingt-troisième anniversaire et peu de
jours avant la libération du camp par les alliés le 11Avril 1945."
Georges WEBER.
A l'occasion du quarante neuvième anniversaire du Souvenir des Déportés, le 24 avril 1994. Le Conseiller Général, Louis RANDON, la municipalité de Cazilhac, les délégations de diverses formations, Anciens Combattants, Prisonniers de guerre et S.T.O, se réunirent devant le monument aux morts de la Mairie. Après avoir chanté une vibrante Marseillaise, le premier Adjoint donna lecture du message commun des Associations des Déportés. Ensuite, le secrétaire du groupe local S.T.O., Francis ROUSSEL, prit la parole pour honorer la mémoire des victimes des camps nazis de travail forcé avec des détails bouleversants.
Ensuite il rendit hommage à Jacques FAVEL en retraçant sa courte vie, hélas. Une minute de silence fut observée. Les guides de France présentes à cette cérémonie entonnèrent la Prière des scouts. Puis, on déposa une gerbe aux "plaques" des trois victimes de la guerre de 39/44, dont deux périrent en S.T.O., la troisième, un soldat tué dans un bombardement à Dunkerque. Le verre de l'amitié fut offert par la Mairie à tous les participants à cette cérémonie.