Et si Cazilhac nous contait... ses 20 siècles d'histoires (5/7)
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L'eau au village
Construction de fontaines et lavoirs (p101)

C'est le 04 Novembre 1882 que la première étude d'adduction d'eau est faite par l'Agent VOYER de Ganges. Elle coûte 105 francs. L'opération consiste à emmener l'eau du canal ou de l'Hérault au village. Ce projet d'eau tombe vraiment à l'eau.

Le 24 Août 1884, une deuxième étude est confiée à Monsieur BROULHIET, Ingénieur à Laroque. Après étude, il suggère que soit utilisée l'eau du canal et sa force motrice pour acheminer l'eau de la Vis à un réservoir qui en ferait la distribution dans tout le village. L'emplacement prévu serait celui qu'a occupé l'ancienne Meuse de Ganges. Coût de l'étude 400 flancs.

Le 16 décembre 1886, une troisième étude est encore faite (qui coûte encore 400 francs) qui confirme les biens fondés de la précédente. Le coût s'élève ( 47 430 fkancs. Ce projet se limite aux caprices "politiques" des conseillers municipaux, sans tenir compte des besoins de leurs administrés, ce qui est déplorable !

Comment concevoir un village en pleine expansion économique industrielle où le travail abonde par l'emploi de main d'oeuvre féminine dans cette industrie de luxe et paradoxalement ses 7 II habitants dépourvus d'eau. Oui, on y a construit des citernes, mais l'été elles sont souvent à sec. Les citernes néolithiques privées subissent le même sort et la corvée d'eau des habitants munis de comportes et de tonneaux pendant la sécheresse en direction du canal n'a rien de réjouissant.

C'est vrai, cet ouvrage coûte cher, impressionnant même, pour une commune au budget de 13 400 francs, il doit se faire manuellement. Plusieurs kilomètres de tuyaux en fonte sont nécessaires ainsi que l'élaboration de fontaines avec leurs lavoirs, mais ne perdons pas de vue que le village a besoin d'eau.

Le village va vivre pendant 4 ans à l'heure de "Cloche-Merle" complètement divisé en deux. Le premier vote du conseil municipal, le ler Avril 1884, en est le reflet : 6 voix, contre 4 voix pour, 2 abstentions. Nos élus ne tiennent nullement compte que la majeure partie de "leur village" est dépourvu d'eau, ou alors subissent-ils des pressions, ou des menaces, nul ne saura jamais ! Il est évident que les habitants du village bas qui jouissent de l'eau du canal, en abondance, ne souhaitent pas supporter les frais des besoins des habitants du haut. Après ce vote défavorable, le projet est momentanément abandonné.

L'année suivante Monsieur Achille GROS qui est le maire, donc intéressé au plus haut niveau par cette adduction d'eau, réitère sa demande au prochain budget. C'est alors que le vote bascule en sa faveur : 6 voix pour, 5 voix contre, 1 seule abstention. Très vite il est pris violemment à partie par de multiples contestations de la part de ses conseillers minoritaires qui, par la suite, appuyés par une pétition de 70 habitants font parvenir une lettre au Préfet avec les motifs suivants :
- projet trop coûteux,
- village largement pourvu en eau,
- endettement trop élevé pour la commune.
La réponse du Préfet est claire : "Projet annulé". Très vite, réaction du maire par lettre au Préfet, mentionnant que le village ne compte pas que 70 habitants mais bien 711. Aucune réponse préfectorale ne fait suite à cette requête.

Deux ans de plus se passent... Six ans que le premier projet a été étudié... quatre ans de polémiques. La population réagit vigoureusement. Le 9 Juin 1888, le maire, avec insistance, demande au Préfet la réouverture du dossier car la population manifeste son mécontentement, elle est majoritaire pour ce projet. Le maire conclu sa lettre par cette phrase :

"Projet vital pour la commune, devenu indispensable".

C'est seulement le 17 Septembre 1888 que l'accord préfectoral arrive en Mairie, de commencer les travaux avec l'autorisation d'emprunt au Crédit Foncier de 54 000 francs, pour une durée de 22 ans. Le Préfet fait octroyer une subvention départementale de 5 000 francs, l'accord d'instituer une taxe de 22 centimes sur l'imposition extra-ordinaire durant toutes les annuités de l'emprunt. A titre indicatif, le salaire du Garde Champêtre est de 600 francs.

La même année, un acte notarié est signé le 25 décembre 1888 avec la Marquise de JUIGNE, propriétaire du canal, contrat d'une durée de 50 ans avec une redevance annuelle de 500 francs. Aussitôt démarrent les travaux prévus, station de pompage (sur l'ancienne Meuse qui alimentait en eau le village de Ganges), réservoir d'eau à Brancas (150 m3), canalisations, fontaines, lavoirs.

L'eau coule aux quatre coins du village, elle n'alimente pas les hautes maisons du hameau, mais reste à proche portée. C'est la joie dans tout le village, nous le comprenons. Le 24 Novembre 1889, c'est l'inauguration des fontaines et une grande réjouissance de la population. On fait la fête, le Conseil vote 500 francs pour en couvrir les frais. Le trop plein d'eau des fontaines et des bassins est vendu aux particuliers, contrat de 9 ans à raison de 20 francs l'an.

Mais pourquoi donc toutes ces années de perdues, privant ainsi toute la population dans le besoin.., sans compter avec l'augmentation sensible (30 %) de l'estimation des travaux.

Un puits... Une embrouille... Un procès ! (p105)

Le Marquis de LAVALETTE (neveu de la Marquise de Ganges) et Joseph CAMBON font un procès à la Commune...

Suite aux différents qui opposèrent en 1816 Pierre Rouvière propriétaire, voisin de la Cure et les Marguillers, le curé de la paroisse fut privé d'eau jusqu'en 1819. On se souvient qu'à cette date, le 3 janvier, pour mettre fin à cette interminable affaire, la commune a acheté à Pierre ROUVIERE cette maison dont elle était locataire depuis 1794. Cette maison comprenait dans son ensemble un jardin entowant l'église, un four à cuire le pain et un puits, le tout payé après estimation 4 000 Francs. Aucune mitoyenneté du puits ne figure sur nos registres municipaux. La Comrnune, étant devenue propriétaire de l'ensemble, souhaite disposer de cette citeme comme elle l'entend et l'attribue au presbytère, soit au desservant de la paroisse qui en a été privé pendant plus de trois ans...

C'est alors que le Marquis de LAVALETTE et Joseph CAMBON, propriétaire immobilier et voisin de la cure, revendiquent leur droit à ce point d'eau. Se référant aux actes anciens, ils prétendent que lorsque Pierre Rouvière avait acquis cette maison à Monsieur MEJEAN, acte Notarié passé chez Maître GAY notaire à Ganges le 10 floréal de l'an onze, ce puits souffrait déjà d'une mitoyenneté. Après son acquisition depuis peu par la Commune, celle-ci avait décrété cette citerne comme bien public donnant le droit à l'eau à tous les habitants du quartier.

Le jugement rendu est le suivant :
Le tribunal ordonne que soit rendu, le droit au puits à Monsieur le Marquis de la VALETTE et à Monsieur Joseph CAMBON et condamne la commune au remboursement des frais engagés par les plaignants. Les actes notariés nous faisant défaut, il nous est interdit de penser à une autre histoire que celle du pot de terre...

A la suite de l'adduction d'eau au village en 1897, ce puits ne sera plus d'aucune vitalité.


Quelques séances du conseil Minicipal... (p107)

Une demande est formulée par la municipalité d'Agonès pour le rachat du pont à péage dit : "le pont en fil de fer" entre Brissac et Saint-Bauzille de Putois. Le Conseil émet un avis favorable à l'unanimité. Lors de sa séance du 24 février 1883, il projette l'élargissement du chemin à grande communication, Ganges-Cazilhac, traversée de la Baraquette.

On projette la démolition d'une partie de la maison Anguiviel qui empiète sur la chaussée et masque la visibilité au carrefour. Monsieur RIBARD (au Boulidou) appuyé, avec pétition des habitants de Cazilhac-le-Haut, demande la création d'un chemin de la Baraquette à Cazilhac-le-Haut (La Rounzassière). (note d'André : "Le CREBAVINTRE" (actuel rue LAPARUT) qui aboutit au Mas de BAUDRAN à gauche)

Le coût du projet s'élevant à 20 000 francs, ce chemin ne sera construit qu'en 1893. Ce jour-là est voté la suppression du qualificatif "le bas" à Cazilhac-le-Bas.

Suite à une pétition des habitants de Cazilhac-le-Haut qui sont au nombre de 300, réclamant l'installation d'une boîte aux lettres, deux seules sont en place, l'une à la Baraquette, l'autre au quartier du Pont (devenu très industriel). Le facteur se voit accorder une indemnité supplémentaire de 50 francs pour ce surcroît de travail.

On installe un peseur public en la personne de Monsieur GOUNELLE : "qui s'engage à servir la commune pendant les saisons". Il lui est attribué une somme de 25 francs l'an.

Le 4 octobre 1884, le Conseil repousse le décret préfectoral demandant à instaurer une taxe sur la glandée (ramassage de glands) sur le domaine forestier de la Commune.

En décembre 1890, on supprime le poste d'agent de police et d'appariteur. On le remplace par celui de garde champêtre en la personne de Alphonse Mourgues, il percevra un traitement de 600 francs l'an.

Vers la fin de ce siècle, la concurrence des soies grèges importées, envahissant le marché Français, va voir le déclin de la sériciculture dans notre région, "l'arbre d'or" (le mûrier) va être appelé "l'arbre de mort".

Le 15 Mai 1892, Monsieur Achille GROS est réélu maire. Il propose la conversion en tâches des chemins vicinaux (pow les prestations), d'user de la nouvelle loi, Ces prestations, non rachetées en argent, peuvent être converties en tâche (travail), d'après les bases d'évaluation des travaux. Les prestations de services, plus les journées de travail, plus les frais annexes s'élèvent à cette date à 1 521 francs.

Il va créer un poste de garde fruits qui exercera ses fonctions du mois d'août au mois d'octobre. Il touchera 2 francs par jour payable au trimestre. Motif suivant : "vu l'étendue de la commune, le garde champêtre ne peut en assurer la surveillance". Il va se voir accorder par son Conseil la concession gratuite et viagère de l'eau, à l'exception de l'arrosage agricole au Mas de Mazel.

En 1893, on déracine les mûriers devenus gênants en bordure de route devant la Mairie (traversée de la Baraquette), on y construit des trottoirs et l'on y fait une plantation de platanes en retrait (Ils ont 101 ans !).

Un arrêté préfectoral autorise le maire à établir deux foires par an, la première le 15 Septembre, la deuxième le 6 Novembre. Une prime d'encouragement de 166 francs est offerte par le Conseil qui est partagée en 4 : 2 pour les marchands ou éleveurs qui auront amené le plus de têtes de bétail, 2 pour ceux qui en auront acheté le plus grand nombre.

Il y a au quartier du pont : 4 usines et 2 moulins.

- 1 Moulin à huile appartenant à Louis Darvieu
- 1 moulin à farine appartenant au Marquis de la Valette
- 1 filature appartenant à Charles Barral
- 1 filature et ouvraison en soie appartenant à Casimir Barral
- 1 filature et ouvraison en soie appartenant à Delabre et Cie
- 1 ouvraison en soie appartenant au Marquis de la Valette

Ces usines et moulins apportent dans la caisse budgétaire 1 674 francs.

Pour tourner cette page de la vie sociale, nous relisons cette phrase d'Alain DECAUX et André CASTELLOT, pleine de vérité : "Durant ce siècle, la richesse de la France se fait avec beaucoup de peine et de sueur".

1873 - Amédée Bollée construit sa première voiture automobile à vapeur
Bureau de vote à deux sections (p111)

Nous faisons partie du petit nombre de communes en France, avec ce système de vote, que l'on qualifie de nos jours de "débile".

Avant 1881, ce bureau de vote était divisé en 2 sections :

- 1ère section : Cazilhac-le-Haut, l'Aire de Frézal, la Baraquette,
- 2ème section : toute l'autre partie du village.

En 1881, on note une modification des sections :

- 1ère section : 352 habitants qui nomment 7 conseillers
- 2ème section : 281 habitants qui nomment 5 conseillers.

Le Conseil vote la modification de la ligne divisionnaire existante en vue d'offrir la majorité Républicaine aux futures élections municipales.

Texte intégral : "Délibère : la ligne divisionnaire, à son point de séparation, qui suit la combe de la Frise, située entre le Mas de La Salle et le Mas de La Roque, aboutit en ligne droite au point de jonction des chemins de Cazilhac-le-Haut de Brancas à la Baraquette, suit ce chemin nouvellement livré à la circulation de la Baraquette à la Plaine, ensuite suit ce chemin jusqu'au grand près qu'elle remonte jusqu'au chemin de l'Eglise à Ganges, jusqu'à Cazilhac dit le bas, qu'elle traverse pour s'embrancher au chemin de la Luzette où elle aboutit à la Luzette même, qui est prise dans cette section".

Création et mise en place de ce sectionnement. (p113)

Nous savons que depuis l'application de la loi du 21 mars 1831, permettant l'élection des Conseillers Municipaux au suffrage censitaire, le mode de vote a changé.

Nous avons en Mairie le résultat des premières élections de ce système le 10 novembre 1874. Douze Conseillers sont élus par l'assemblée électorale de la commune. Le futur Maire et le désigné au poste d'Adjoint sont compris dans ce nombre. Ils sont nommés quelques jours plus tard par le Préfet : est nommé Maire, Barthélémy GARRIC, désigné au poste d'Adjoint, Fulcrand COULET. (Les Conseillers ne votent pas).

Le 16 Janvier 1876, les Conseillers élisent le Maire et l'Adjoint : Barthélémy GARRIC (aîné) est réélu Maire sept voix sur onze. Antoine GARRIC (jeune) élu Adjoint sept voix sur onze.

En 1878, il est formé à Cazilhac un bureau de vote à deux sections, dont l'intérêt est de représenter toutes les tendances politiques et religieuses de la population au Conseil Municipal. Sont nommés. délégués de la première section pour Cazilhac-le-Haut : Fesquet ACHILLE, Hippolyte DELORS, Eugène MARTIN. Sont nommés délégués de la deuxième section Cazilhac-le-Bas : GARRIC Barthélémy, ROUVIERE Auguste, CARRIERE Joseph.

En 1884, Achille GROS demande à son Conseil s'il souhaite abolir ou conserver ce sectionnement. Le vote est favorable pour le maintien avec 6 voix pour et 4 contre.

Monsieur Barthélémy FESQUET maire en 1898 formule une demande auprès du Conseil Général (en s'inspirant de la fusion des idées politiques et partis religieux) et invoque les motifs suivants : "Ces sectionnements entretiennent sous des apparences légales, les ferments de discorde et les divisions intestinales qui bouleversent la commune depuis longtemps". Aucune réponse favorable ne fait suite à cette requête : 26 ans après, un changement de cette ligne divisionnaire va séparer Cazilhac-le-Haut et Cazilhac-le-Bas. Une pétition générale des habitants est envoyée au Conseil Général, demandant pour quelle raison Cazilhac-le-Haut est encore érigé en section, du fait que le village se compose actuellement de 5 hameaux.

Cette ligne, au tracé imaginatif et bizarre, nous laisse perplexe... et nous amène à nous poser quelques questions du genre : Pourquoi a-t-on construit le temple à Cazilhac-le-Haut ? L'Eglise, elle, étant située à Cazilhac-le-Bas.

Majorité Républicaine d'un côté ! Royaliste de l'autre ? ou ce sectionnement serait-il l'héritier des guerres confessionnelles ? Il arrivait quelquefois, que certains fanatiques des deux sections en viennent-aux mains, le jour de vote...

Une autre demande est effectuée par le Maire en 1924 qui est Monsieur de RODEZ sans résultat. En 1969, Roger FESQUET, Maire du village réitère une nouvelle fois cette demande de suppression de sectionnement de la Commune et des deux bureaux de vote.

C'est seulement à la veille des élections de 1970, le 20 août, qu'un arrêté préfectoral émet un avis favorable à la suppression du sectionnement électoral de Cazilhac.

Pont de Cazithac (le Neuf)
Projet - Construction - Coût (p115)

L'ancien pont (le vieux), aux dimensions étroites et devenant menaçant pour le trafic désormais plus important, représente des inconvénients sérieux pour la circulation. Le Conseil demande la construction d'un nouveau pont le 12 Août 1884.

1889, Pont de Cazilhac sur avenue dite chemin à grande communication.

- Estimation des dépenses :

Acquisition de terrains Ganges 49 000 francs
  Cazilhac 14 000 francs
Travaux de construction   105 000 francs
    168 000 francs
       
Sommes à répartir Ganges 49 000 francs
  Cazilhac 14 000 francs
  Départ. 79 800 francs
  Etat 25 200 francs
    168 000 francs

Après étude de ce projet, par l'Agent VOYER, le contingent imposé s'élève à 14 000 francs pour la commune à l'achat du terrain. La mairie éprouve quelques difficultés à faire face à cette somme, en raison des dépenses occasionnées par l'adduction d'eau, le développement du réseau routier, etc... Néanmoins, elle s'engage pour une participation à la dépense de construction du pont, à concurrence de 6 500 francs côté Cazilhac. Elle empruntera la somme de 14 000 francs, à la caisse des chemins vicinaux.

On rectifie le trajet, la Baraquette - le Pont dans une seule ligne droite qui rejoint "la Pilote". On abandonne l'ancien chemin qui bifiJrquait (au 341 avenue des Combattants) pour aboutir à la Route des Meuses.

L'inauguration de ce nouveau pont a lieu en 1892. Il sera très apprécié pour son aisance à la circulation.

20ème Siècle (La Radiophonie - L'Avion)
Projet d'installation d'une cabine téléphonique (p117)

Lors des élections municipales de 1904, Monsieur le Comte de RODEZ est élu Maire et va le rester pendant 40 années consécutives. Dans sa première préoccupation, il souhaite faire installer une cabine téléphonique, au centre du village ; un communiqué du Préfet en ayant exprimé la demande auparavant.

Le Conseil ne le suit pas et délibère en ce sens : "La localité étant composée de plusieurs hameaux, dont une partie est très rapprochée de Ganges, et les autres pas même distant de 2 kilomètres, que les industriels du Pont, sont tous munis d'un téléphone dans leurs ateliers et qu'en conséquent, l'établissement d'une telle cabine, entraînerait pour la commune une inutile dépense, et vote à l'unanimité qu'il n'en soit point établie".

Ce projet va rester en souffrance pendant de longues années, il prive ainsi toute une population d'un poste de secours indispensable pour la sécurité du village...

Electrification duVillage (p119)

Ce premier projet en date du 24 décembre 1909, c'est Monsieur BROULHIET Ingénieur à Laroque, auteur de celui de l'eau (1886) qui le confie au Garde Champêtre afin qu'à son tour il le remette au Maire, avec celui du cahier des charges, afin qu'il en prenne connaissance. Il est bien stipulé que le village sera alimenté rapidement par l'usine de Laroque, distante de quelques dizaines de mètres, de nos rives respectives. Aucune réponse n'est donnée à cette proposition, certainement très avantageuse, la proximité de l'usine génératrice nous y fait tout de suite penser, sans compter l'économie à réaliser sur la longueur des câbles de distribution. Pourquoi donc ! cette offre n'a pas été acceptée..., aucune trace de ce rejet.

La Société Sud Electrique, qui projette la distribution d'énergie sur Ganges, demande l'autorisation de passage de ses lignes aériennes à haute tension au-dessus de notre territoire communal (lignes Madières-Ganges) et parait très intéressée pour une demande de concession pour alimenter Cazilhac en courant électrique (lumière et force). Le 16 Février 1912, le Conseil demande à Monsieur de RODEZ, que cette société veuille bien établir un devis pour cette alimentation d'électricité et le prix auquel celle-ci sera vendue. La réponse de Sud Electrique avec ses tarifs parvient au Maire le 28 Mai de la même année. Cette société fait l'acquisition d'un terrain situé à Ganges en bordure de rivière, en vue d'édifier un poste, depuis lequel seront établies les lignes pour desservir Cazilhac (distant de quelques dizaines de mètres aussi).

Malgré quelques relances successives, aucune suite n'est donnée à cette deuxième proposition. Tout nous laisse supposer que cela "bloque" quelque part... Et pour quel motif ? C'est ce que pense tout le village qui fait une pétition (il en a tellement l'habitude) auprès de Monsieur le Maire. Les habitants ne comprennent pas pourquoi on n'a pas saisi l'opportunité qui s'est présentée par deux fois.

Deux ans se passent, le mécontentement de la population est toujours présent. Alors le Maire se décide enfin. Le 16 Mai 1914, il expose au Conseil "l'utilité" de l'éclairage public avec ses nombreux avantages, voies publiques éclairées, force motrice pour les artisans et agriculteurs, etc... Le Conseil approuve à juste raison et à l'unanimité le projet.

Le 10 Juillet, Monsieur BROULHIET fait une autre soumission (la deuxième), le dossier arrive rapidement en mairie et bien évidemment les prix ont été "revus et corrigés". L'éclairage public, ligne comprise, s'élèvera à 20 000 francs pour 25 lampes et le kilowattheure sera facturé à 75 centimes au compteur. Pour la force motrice, un cheval : 425 francs pour l'année avec une durée limite de dix heures par jour. "Le concessionnaire donne à la commune toutes les garanties sur ses lignes, réseau et usine, et lui assure pendant 30 ans l'éclairage de ses rues et boulevards". Il propose, après approbation du Conseil et accord du Préfet, un entretien avec une délégation du Conseil pour fournir de plus amples informations et précise bien que, si on ne perd pas de temps, l'énergie peut être fournie à tout le village, avant le début de l'hiver.

Le Conseil, après en avoir délibéré, approuve avec une majorité absolue le projet de Monsieur BROULHIET et demande au Préfet de donner son accord pour cette concession et à l'emprunt que doit faire la commune. Le 3 Août, la grande guerre éclate, c'est la mobilisation générale. Le projet d'électrification n'est plus d'actualité, ni le sujet prioritaire, le crédit important pour son financement rendu impossible, avec les événements imprévus auxquels il est plus urgent de faire face.

L'attente est longue, elle va durer onze ans. Mais si on s'était penché sérieusement sur la première offre de concession faite en 1909 ou sur la deuxième en 1912 ! Ou bien alors on a purement oublié de s'y pencher, mais si tel est le cas, on a tout simplement pénalisé un village entier du bienfait de cette énergie nouvelle qui apportait une qualité de vie bien meilleure et un confort non négligeable. Après là signature de l'armistice, la première préoccupation est de redonner une vie plus active au village. Cazilhac compte ses enfants qui ne reviendront jamais "au pays" et ceux qui y reviennent mais diminués physiquement.

Le 27 Novembre 1919, sous la pression de la population, on va demander à Monsieur BROULHIET un devis pour une éventuelle distribution électrique, éclairage et force motrice. Quatre ans vont encore se passer... Le 10 Janvier 1923, une proposition de concession est faite par la coopérative Agricole de Saint Martin de Londres. Une première conférence a lieu à la mairie entre les intéressés (fournisseurs et consommateurs). Les habitants peuvent, s'ils le désirent, être coopérateurs en souscrivant par des coupons de 100 francs. Le Conseil approuve le projet de la coopérative et la demande de souscrire pour les coopérateurs. La Mairie contracte un emprunt de 32 450 francs après accord du Préfet, le Budget de l'année 1923 est de 32 300 francs.

La souscription est ouverte le 30 Octobre 1923, elle sera close le 25 Mai 1926. A la fin de l'année 1924, la première souscription s'élève à 104 500 francs. 98 demandes de branchement sont enregistrées. Lr 17 Juin 1925, une convention est signée avec garantie du projet instruit par Monsieur BROULHIET, mais pas au même tarif (cela va de soi) entre la coopérative d'électricité et la Mairie de Cazilhac. Un réseau de 4 km 800 de lignes électriques va être établi dans tout le village. "La commune s'engage pour une durée de 30 ans à accorder la concession de la distribution publique de l'énergie électrique, avec en exclusivité, pour le concessionnaire, d'utiliser dans la limite de sa concession, les voies publiques dépendant de la commune, en vue de pourvoir à la distribution de cette énergie aux privés". La première police d'abonnement est établie au nom de CAMBON Emile, Boulanger à la Baraquette. Le 11 Juillet 1925, Emile BALLESTIER, Maréchal Ferrant et Serrurier est branché à la force motrice dans son atelier.

Les demandes de branchement se font de plus en plus nombreuses, les souscriptions aussi. Quelques fois on enregistre même la demande d'un seul coupon de 100 francs pour un coopérateur. On enregistre également beaucoup de contestations sur les kilowatts consommés. 33 consommateur ne sont pas d'accord sur leur facturation. Mais il a y beaucoup de relance de la part de la coopérative pour les retards dans les règlements. Le développement du réseau va se poursuivre à un rythme accéléré, avec la multiplication des postes de transformation du courant, afin de répondre aux besoins du village.

Afin d'illustrer cette merveilleuse réalisation qui va changer le mode de vie de nos parents, nous pouvons lire les propos de Monsieur WILLEMIN, Ingénieur en Chef des Ponts et Chaussées, lorsqu'il écrit dans la préface de la monographie de la coopérative de Saint-Martin de Londres, ces lignes pleines d'un humanisme qui l'honore : "L'électrification des campagnes a paru, à beaucoup de bons esprits, devoir être un remède à la crise rurale et à son exode vers les grands centres, mais il est incontestable, que la diffùsion de l'énergie électrique dans les villages y a rendu la vie moins dure... L'électrification des campagnes doit être considérée comme une oeuvre sociale." (fin de citation).

La première pierre de l'usine électrique du barrage Bertrand fut posée par Monsieur CHERON, Ministre de l'Agriculture, le 10 Avril 1922. Il fut favorablement impressionné par l'importance de l'oeuvre, il accorda sur les fonds de son ministère une subvention de 400 000 francs. L'Office National du Crédit Agricole fut sollicité. Il ne fit pas la sourde oreille et s'engagea à prêter à la coopérative la somme de 900 000 francs à 2 % remboursable sur 20 ans.

Monsieur BROULHIET, propriétaire de l'usine de Laroque, contribuera pour une large part à cet ouvrage, toutes les études hydrauliques et tous les projets ont été élaborés par ses soins. L'achèvement complet des travaux et la mise en marche industrielle de l'usine se réalise en Mars 1924. L'estimation du projet au départ s'élève à 2 300 000 francs, 1 665 souscripteurs apporteront un capital social de 1 808 000 francs. La longueur totale des lignes constituant le réseau en 1925 est de 208 kilomètres desservant le territoire de 45 communes. Cazilhac a été le demier village à adhérer à la coopérative (à cette date).

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