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Ce thème mérite vraiment qu'on lui consacre une page très spéciale. Pour ceux
d'entre nous, qui ont lu soit l'histoire de Ganges par le Vicaire Rouquette
soit celle de Clément RIBARD, Maire de Cazilhac en 1896, doivent encore ressentir
les effets horribles qui se sont produits dans le canton. Selon ces deux historiens,
de confessions différentes, et au travers de leurs récits quelques fois amplifiés
des deux côtés, nous pouvons deviner les atrocités réciproques qui se sont commises
à Cassillac. Clément RIBARD nous donne l'origine de cette réforme à Cassillac
qui aurait commencé en 1560 et ce mot de réforme est significatif de guerre.
En 1561 l'Eglise (une des plus belles de la région selon Rouquette) est dévastée
et en partie détruite. Elle le restera jusqu'en 1678. Les catholiques sont pourchassés,
le curé fuit le village, son Presbytère est saccagé, le cimetière est profané,
à "Ganges" l'Eglise St-Pierre (la première) est totalement rasée et ses pierres
servent à la construction du Temple. Cassillac est totalement aux mains des
Protestants et va s'unir en consistoire avec "Ganges" où sont nommés deux anciens
pour y siéger. Un courant de conversions, après le passage de Calvin à "Ganges",
entraînera au protestantisme presque toutes les Cévennes. Cette conversion de
Cassillac va voir l'édification de son premier temple en 1582, édifié sur une
terre appartenant à Antoine RIBARD résidant au Boulidou, au quartier de la Ponchounière...
... "L'emplacement du Temple aurait été la vigne, qui est confrontée au couchant
par l'ancien cimetière catholique (entre les deux), au midi par le jardin de
la cure, et au nord par une terre appartenant à Monsieur GROS"... En fait
près de l'Eglise actuelle. A partir de cette date, le consistoire de "Ganges"
placé sous l'autorité du Pasteur, donne des ordres, engage les finances de la
ville de "Ganges" et de Cassillac et impose une confession publique sur le Plan
de l'Ormeau, à la population, toutes classes sociales confondues ; tout cela,
sous l'oeil bienveillant des Seigneurs locaux et de l'Evêque devenus totalement
impuissants face à cette situation de supériorité numérique des protestants.
De la régence de la paroisse à l'autorité du curé et du premier consul, nous
passons sous celle du consistoire de "Ganges", sans aucun ménagement. En 1672
Jean RIBARD est nommé Consul de Cassillac au consistoire de "Ganges", c'est
le règne absolu des Réformateurs.
Cela va durer jusqu'en 1685 date de la révocation de l'Edit de Nantes. Les quelques catholiques résidants, aidés très certainement de congénères de l'extérieur, animés d'une vengeance aveugle, se livrent à une lune fratricide sans précédent. C'est au tour des protestants de subir le même sort, contraints à renier leur foi et à se convenir à la religion Romaine. Leurs tombes sont profanées, leur lieu de culte détruit (premier temple construit vers 1582). Les protestants n'ont que deux choix : se convertir ou fuir.. Sous la contrainte, on enregistre 65 abjurations et conversions au catholicisme. Une taxe est imposée aux protestants qui dans un premier temps la refusent, "ensuite contraints et forcés finissent par accepter". Le 21 Juillet 1673, un arrêté du Parlement de Toulouse ordonne que soit faite la reconstruction des édifices Catholiques... aux frais des destructeurs. L'Eglise de Cassillac est reconstruite en 1678. Bon nombre de protestants sont dépouillés de leurs biens, certains furent emprisonnés, d'autres déportés aux galères. Ceux qui se soumettent sont récompensés, tel est le cas de Jean de FREZAL (hameau qui porte son nom). Il est emprisonné avec son épouse Marie RIBARD au fort de "Saint-Hippolyte". Pour se sauver des galères, il abjure sa foi en 1682, il se voit nommer Premier Consul de la Paroisse. Le Consul était nommé chaque année, le jour de St-Léonce (fête du village) et en principe n'était pas renommé l'année suivante. Il devait être de religion catholique... impérativement !
En 1686, tous les protestants du village sont forcés de suivre entièrement les pratiques du culte catholique. S'ils y manquaient, on envoyait chez eux, des dragons comme "garnissaires". Ils devaient se conformer aux ordres tyranniques qu'on leur imposait. Ces dragons étaient logés avec leurs chevaux chez les insoumis et à leurs frais. C'est ainsi qu'ils logent chez Jean RIBARD et sa soeur au Boulidou pendant neuf jours. "En plus, il sera pris sur leurs biens 36 livres (7 200 F de notre monnaie actuelle environ) les dépenses occasionnées". Six autres familles subissent le même sort et la même amende. Un détachement de la garnison de "Ganges" vient inspecter régulièrement à Cassillac les habitations protestantes "Pour voir ce que c'était...". Par représailles, en Janvier 1703, 1400 camisards descendus des Cévennes envahissent le canton et dévastent à nouveau les lieux de culte catholique et autres attenants. C'est l'arrivée des Troupes Royales en force. A nouveau selon les historiens, tantôt on parle des dragonnades des Troupes de Villars, Lieutenant du Roy, qui pillent et abusent de leurs droits de protection, tantôt ce sont les camisards qui massacrent et qui ravagent laissant des traces sanglantes et épouvantables après leur passage... Ce long séjour des troupes Royales va coûter fort cher à la population du canton, et c'est encore "les nouveaux convertis" qui sont mis à contribution... "L'intendant du Languedoc impose 2 000 livres de taxes sur les anciens protestants appelés "les nouveaux catholiques", qui par la suite sont interdits de sortie de la ville de "Ganges", même pour aller dans leurs mas, soigner leurs troupeaux ou bien travailler leurs terres". Inutile de nous étendre davantage sur cette période... A quoi bon ! Cette page, nous allons la tourner.
Cette incompatibilité confessionnelle va se manifester, plus particulièrement chez les catholiques, jusqu'au premier tiers de ce siècle, lors de célébration de mariage entre époux de pratiques différentes. Suivant les familles bien souvent, ils étaient mal acceptés et toujours pénalisés dans leur célébration, ne bénéficiant pas de la même solennité. La bénédiction avait lieu à la sacristie et non dans l'Eglise.
Cette guerre fratricide, qui aurait pu être atténuée avec le bon sens des uns et des autres, va marquer le village comme nous allons le voir par la suite à travers les différentes étapes de sa vie. Des séquelles, moins violentes certes, vont surgir à la création des Ecoles, à propos de l'enseignement religieux, aux partages des attributions, aux desservants des paroisses et lors des élections, etc... Avant de clore ce thème, une réflexion s'impose à nous habitants de "Cazilhac". Comment est-il possible que nos ancêtres, au nombre de 300 environ, se soient livrés à de pareils actes ? Se rendant coup par coup avec une telle violence ! Au nom de qui ? Au nom de quoi ? De quelle invocation ?... Pas certainement, celle de Dieu... qui voit par ces actes fous, violer ces commandements : "Tu ne tueras point... tu aimeras ton prochain... ". Pour atténuer notre irritation, nous mettrons cela sur le dos de l'analphabétisation et le dépourvu d'idées libérales.

Extrait du compois en 1636, avec les nom des propriétaires
de maison de maître ou de mas, avec leur possession et leur redevance
(et pages suivantes)
17éme Siècle (p33)
Premières Archives Municipales - Casillac devient Cazilhac - Registre
de l'Etat Civil - Compois de Cazilhac
Ce triste événement historique nous a éloignés du 17ème siècle. Revenons en arrière pour découvrir nos "Premières Archives Municipales" qui vont dès maintenant nous donner des récits plus précis sur l'activité de Cazilhac. Le Français étant devenu la seule langue officielle parlée et écrite, Cassillac s'orthographie Cazilhac. C'est avec beaucoup d'émotion que nous allons faire des découvertes à l'aide de nos premières archives : un livre de 270 pages recto-verso en date de 1636 et un Extrait de Compte de 1680. Nous découvrons les Mas créés et portant le nom de leurs possesseurs ainsi que les maisons de Maîtres et leurs terres, 192 au total. A cette époque les liaisons se faisaient par chemin de communication public et de chemins privés.
1636, premier Compois (en notre possession), sous le Seigneur de Bertrand de Saussan, Seigneur de Cazilhac, nous pouvons dire que c'est le plus important possesseur de biens du village, Mas Pallier et Jasse Estable d'une contenance de 80 canes, Cisterne, Mazel, Cave, Vigne, Jardin à la "Plane" et Chastaigners d'une surface de 9 sestérées et 20 dextres, Bois de 404 sestérées, soit un domaine d'environ 320 hectares. Sa redevance était de 65 livres, 8 solts et 7 deniers.



En deuxième place Noble Louis de CASTELVIEL au Mas de Lasalle avec Maison Pallier Jasse : une sestérée et 34 canes, Four à pain une ayre : 12 dextres, Vignes, Champs, Chastaigners, Jardins : 25 sestérées, 32 dextres, Bois : 129 sestérées, environ 124 hectares. Redevance totale 57 livres 46 solts 30 deniers.
En troisième place Noble BOUSQUET, beau-frère de CASTELVIEL avec Vignes, Champs, Chastaigners d'une superficie de 3 sestérées, 52 dextres, 28 hectares environ. Redevance 4 livres 16 Solts 17 deniers.
Quatrième Jean RIBARD, Maison Ayre du Boulidou, Maison Mas de Baudran, Maison à l'Eglise, Bois, Vignes, Chastaigners, Champs, Jardin à la "Plane" 53 hectares, Redevance 5 livrés 30 solts.
1680, Seigneur de Cazilhac, Marquis de Ganges, Bertrand de SAUSSAN, co-Seigneur depuis 1636, les parcelles ont subi d'importants changements de "mains", vente, échange, etc... Le classement de 1636 est modifié. On trouve en première place : Le plus important propriétaire terrien, le Marquis de Ganges avec 139 hectares payant une taille de 45 livres 2 solts et 5 deniers au Roy de France-et aux Etats du Languedoc. En deuxième position, son Co-Seigneur et Seigneur de Cazilhac, Noble Bertrand de SAUSSAN également Seigneur de Laroque, son terroir est de 68 hectares et sa redevance de 22 livres 3 solts. En troisième position Michel Cambon 56 hectares avec 18 livres de taille. En quatrième Louis de CASTELVIEL, au Mas de Lasalle, devenant par la suite "Lou Castellas" avec une superficie de 18 hectares, et une redevance de 5 livres 14 sols 11deniers. Dans l'ordre, mais bien moins important, Jean RIBARD au Boulidou, Noble BOUSQUET, Jean MAZEL qui lui aussi laissera son nom au Mas de

Mazel, Gabriel FREZAL Mas de Baudran Aire de Frézal hameau par la suite, Pierre COULET, Louis FESQUET, Estienne CAIZERGUES, Bernard MARTIAL, Jean VASSAS, Isaac SARRAN, et bien d'autres du village et des alentours, Agonès, Coupiac, Laroque, Ganges.
Nous pouvons constater que ces terres se cèdent, s'échangent, se vendent et se revendent ; certaines pour échapper à la taille royale et à l'imposition du Languedoc et sans l'ombre d'un doute, pour un substantiel profit. En 1665 le Compois de Cazilhac est désuni avec celui de Ganges. L'estimation des terroirs est effectuée par 4 Prud'hommes, 2 de Cazilhac et 2 de Ganges. Cette évaluation est faite non pas pour la valeur du terroir mais uniquement pour la répartition de l'assiette du Diocèse, pour la taille, et le taillon au Roy de France, celle du Diocèse (Etat du Languedoc) était la plus importante 80 %. Estimation du Compois de Cazilhac : 1200 livres, cette somme est prélevée par le Consul de Ganges et répartie comme nous l'avons indiqué ci-dessus. Les Mas, les Mazels, les Maisons sont mesurées en cane, l'estimation est faite selon "Mas Estable", "Mas Jasse", avec puits ou jardins et leur superficie. Les terres, Oliveraies, Châtaigneraies, Vignes, Prairies, Bois sont estimés en sestérée et dextre suivant leur rendement ou emplacement. , En 1683, il y a de la vigne au Crès (Place de la Marianne). La délimitation des parcelles, sur ce livre est la suivante : exemple, une vigne faisant limite au couchant avec un tel, au sud avec un tel, au nord avec un tel, etc... Rien de bien précis "cadastralement". Ces redevances sont fixées par les Etats du Languedoc qui étaient maîtres absolus de l'impôt direct. "C'était encore eux qui faisaient la contribution de la Province, par le système de "l'assiette". L'Assemblée Diocésaine qui déterminait sur la base des Compois et selon un tarif immuable depuis 1480, le montant dû par chaque redevable."
- 1 cane : 2 mètres environ selon les localités
- 1 sestérée : 100 dextres
- 1 dextre : 68 m2 environ selon les localités
- 1 livre : 100 francs, estimation d'époque
- 1 boisseau : 41itres environ

L'histoire nous dit que ces Etats du Languedoc sont immensément riches et puissants. Ils vont jusqu'à prêter de l'argent aux Rois de France, ce qui va irriter le Cardinal de Richelieu. Par contre, il leur arrive de porter secours à certaines régions en faillite, au cours des orages de grêles, inondations, etc.., et, en cas de conflits, notamment à Ganges, après les guerres de religion. La description parfaite de ces Mas ou Maisons, nous démontre une organisation dans les meilleures conditions de vie ; une indépendance absolue, vis à vis des uns et des autres ; tous possèdent un puits, un four à pain, des terres à céréales avec leur aire, des terres à vigne, des oliviers, châtaigniers, jardin à la plaine, des forêts et des "Jasses" pour l'élevage et par la suite de gigantesques magnaneries (élevage du vers à soie). La plupart de ces mas, au 18ème siècle, vont donner naissance aux cinq hameaux du village. Après la désunion des deux Compois, nous passons sous la Seigneurie de Jean PONS Vissec de la TUDE.


Et vers la fin du XVIIème siècle, survient une période difficile... E. Le Roy LADURIE parle du "naufrage des fermiers" à partir de 1680. La pauvreté règne partout dans la région et sur ordre du Roy Louis XIV un bureau de charité est établi dans la paroisse, le 03 Janvier 1690. Il est géré par un petit groupe appelé "les Marguillers" (Comité Paroissial). Ils ont en charge de collecter les dons en nature, boisseau de "Chastaigne", de légumes secs et les dons en espèces, quêtes effectuées aux offices et auprès des Nobles. Ces denrées sont ensuite vendues et l'argent récolté est reconverti en pain et quelques fois en viande. L'excédent des denrées non vendues est distribué avec pain ou viande aux nécessiteux du village, sans distinction de religion.




18éme Siècle (le filage mécanique) (p47)
Registre de l'Etat Civil - Construction du Premier canal - Développement Economique
- Dénomination des Lieux : Village Haut et Bas
Depuis la réouverture de l'Eglise, reconstruite en 1678, le registre de l'Etat Civil est tenu par le Curé PAGES. Le document photocopié, nous prouve qu'il y a eu interruption des enregistrements de 1670 au 10 Juillet 1678 pour cause de "Guerre de Religion" (voir page 30). La paroisse joue un rôle extrêmement important dans la vie publique et sociale des habitants ; le consul fait fonction de Maire, le Régent des Ecoles et de la Paroisse signe les registres d'Etat Civil avec le Curé. En 1754, Le Comte de VISSEC, Baron des Etats du Languedoc, nous représente au Parlement de Toulouse. En 1765, sous le vocable de St- Léontinus, le village est placé sous la dépendance de l'Evêché de Montpellier, auparavant Evêché de Maguelonne. La paroisse est placée sous l'autorité juridique du Marquis de Ganges. En 1772/1776 (selon des historiens), la Marquise de JUIGNE, propriétaire des rives de l'Hérault et de la Vis, construit son premier Canal, ce qui permet l'installation de divers Moulins, à Tannerie, à Farine, à Huile, etc...

Cazilhac va alors connaître un développement économique très important. Le prolongement du canal, dans un premier temps fabriqué en tuyau de terre cuite, va irriguer les centaines d'hectares de terrain à la plaine. Ses terres ont, dans l'ensemble, de bons rendements. La culture de la vigne et du châtaignier y est florissante, jardins et céréales également ; l'olivier y abonde par milliers ; 500 bêtes à laine pâturent dans ses bocages ou forêts. Avec l'aide de primes offertes par le Roy et les Etats du Languedoc (25 deniers pour 1 cent) à la plantation du mûrier, Cazilhac se lance dans la sériciculture dans un premier temps. Cet arbre sera appelé à juste titre : "Arbre d'Or", c'est peu dire.., par la suite "Arbre de Mort". Malgré ce siècle de turbulences que traverse la France, Cazilhac prospère et compte 410 habitants répartis en 2 hameaux : - le haut avec le Mas de Baudran, Mas de Mazel, Mas de Lasalle, - le bas, avec le Mas de La Roque, Mas de Brancas, Mas de la Rouvière, Quartier du Pont (devenu industriel), l'Eglise et la Plaine. Avec quelques masures dispersées et une seule "Baraque" au centre, située sur le chemin de Ganges à Cazilhac et qui sert de Gargote. (Baraque : était le nom donné à une gargote au 17ème siècle). On ne parle pas encore de route, uniquement de chemins dits "à grande circulation" pour deux colliers, c'est-à-dire en attelage double ou à moyenne circulation, chemins à un collier.